Etranges étrangers
Etranges étrangers, 2019, Festival de Spa, © Virginie Lançon

2019

Etranges étrangers

Joshua Sobol

Vieillissement, migration, malentendus liés au "baragouinage" des langues, humour israélien !

  • Décor : Rudy Sabounghi
  • Costumes : Rudy Sabounghi
  • Lumières : David Debrinay
  • Distribution : Mireille Bailly / Mathieu Carriere / Roger Atikpo

 

Le personnage principal est le langage.

 

Le vieux Getzl vit seul dans son appartement du Tel Aviv des années trente. Il téléphone à Batia, sa fille, qui vit à New-York. Sa façon de parler est comique, poétique et incohérente. Il s’exprime un peu comme un personnage de Beckett qui aurait quitté les rivages irlandais pour d’autres plus ensoleillés. Madlena, une émigrée roumaine s’occupe de Getzl en échange de quoi il lui apprend l’hébreu… avec ce qui lui reste de mémoire ancienne. Est-il atteint de la maladie d’Alzheimer? On ne le saura jamais vraiment au cours de leur histoire. Mais chacun dans sa langue « petit nègre » arrive à communiquer avec l’autre dans une sorte de curieuse confiance réciproque. Madlena rend des services au vieux monsieur au delà de son travail d’aide soignante. Elle veut être à ses yeux irréprochable: si elle perd son contrat de travail elle devra rentrer en Roumanie. Alors qu’elle désire rester en Israel, gagner de l’argent et ainsi pouvoir payer des études de médecine à sa fille à Bucarest. Comme auxiliaire de vie elle écoute les discours de Getzel,  suit ses conseils qui alternent les souvenirs de l’Israël d’autrefois et ceux du pays d’aujourd’hui, avec ses violences. Et ses exclusions. Madlena, justement, essaie de protéger  Benhutu, un travailleur africain que la police recherche. Avec d’autres il a organisé à Jaffa une manifestation pour améliorer leurs conditions de travail. Pour sauver Benhutu, Madlena ne trouve rien de mieux que de le cacher dans l’appartement de Getzel… La rencontre de ces trois exilés du langage est riche en rebondissements, et malentendus comiques, pour la plupart résultats de la non maitrise de la langue, l’hébreu dans l’original, le français dans la version que nous proposons de ce succès du théâtre israélien. Au delà de la comédie contemporaine rondement menée (la situation d’Israël, la question des migrants, la société mondialisée multiculturelle, les maladies provoquées par le grand vieillissement) l’art particulier de Joshua Sobol réside dans le fait de créer entre les trois protagonistes de la pièce un « baragouinage » artistique inouï autant que savoureux qui nous place de façon parfaite, qui que nous soyons, face à la délicate question de l’altérité. Sans jamais perdre toutefois de vue la jubilation du spectateur !

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