Don Giovanni
Don Giovanni, Mozart, Theater Trier, août 2018 © Lukas Heistinger

2018

Don Giovanni

Wolfgang-Amadeus Mozart

Theater Trier

Enfin le chef d'œuvre mozartien que j'ai eu peur d'aborder pendant longtemps !

  • Décor : Rudy Sabounghi
  • Costumes : Katharina Heistinger
  • Dramaturgie : Yves Bombay
  • Assistanat : Yves Bombay
  • Lumières : Kay Kolojai
  • Collaboration Chorégraphique : Paul Hess, Luisa
  • Direction Musicale : Jochem Hostenbach

Quel long délai me donnes-tu ?

Ceci est une phrase adressée à plusieurs reprises par le personnage du séducteur à la statue dans la version du mythe de Calderon. Je choisis cette phrase comme titre de notre synopsis pour mieux faire sentir dans quelle urgence se trouve Don Giovanni pendant les deux dernières journées de sa vie.
J’ai choisis de représenter l’opéra dans un moment de l’année particulièrement défavorable au plaisir : la fin de l’hiver. J’ai choisis de représenter l’opéra dans un temps peu favorable aux ébats heureux : soit le début d’une révolution, soit la fin d’une guerre. Chaque personnage y est « jeté à la rue » au sens propre du terme. Et chaque groupe vit « en voiture ». Le Commandeur, Donna Anna et Don Ottavio dans un carrosse, Donna Elvira dans ne chaise à porteur dans laquelle elle voyage en compagnie de ses domestiques. Les paysans qui viennent à la ville dans une carriole. Quant à Don Giovanni, il vit en perpétuel voyageur, avec ses malles, ses valises et ses cierges portés par Leporello et deux jeunes serviteurs. La seule maison « en dur » sera le cimetière dans lequel le Commandeur tente de trouver le repos. Toutefois, dans le synopsis qui suit je m’en suis tenu à une analyse détaillée du livret et des situations des personnages écrits par Da Ponte et Mozart. Le travail « d’adaptation aux espaces » inventés par Rudy Sabounghi sera justement l’objet de nos répétitions.
Si l’on en croit le carnet de bord que Leporello détaille à D. Elvira et qui demeure la meilleure façon de connaitre son maître, Don Giovanni a fait le tour de l’Europe pour élargir ses conquêtes. La dernière en date semble avoir été justement une grande dame de Burgos, cette même Donna Elvira. Don Giovanni et Leporello ont quitté précipitamment Burgos pour Séville suite aux menaces de Donna Elvira à qui Don Giovanni avait promis le mariage. Ils sont même probablement fiancés, mais Don Giovanni a dû abuser d’elle sans vouloir concrétiser leur union. A peine revenu dans sa ville, Don Giovanni est allé présenter ses hommages au Commandeur de Séville qui lui a appris que sa fille Donna Anna allait se marier avec son ami Don Ottavio. Cela a suffit à allumer la convoitise du grand seigneur méchant homme.

Dans le froid de la nuit Leporello explique qu’il n’en peut plus d’être au service d’un maitre aussi fou. Du bruit vient depuis chez le Commandeur. La fille de ce dernier, Donna Anna, se débat violemment avec un homme masqué qui cherche à la violer. C’est Don Giovanni. Leporello se cache pour observer la scène. Réveillé par des cris, le Commandeur vient au secours de sa fille. Anna sort chercher de l’aide. Le Commandeur provoque Don Giovanni en duel. Celui-ci commence par refuser de se battre avec le vieil homme puissant, mais il finit par le tuer sauvagement. Leporello sort effaré de sa cachette. Il a perdu la tête devant tant de violence : jamais son maître ne s’est comporté avec tant de violence. Don Giovanni le fait sortir à coups de pieds dans le derrière.
Anna revient avec son fiancé Don Ottavio prêt à se battre avec l’agresseur. Celui-ci a disparu mais elle découvre le cadavre de son père et s’évanouit. Revenue à elle, elle ne reconnaît pas d’abord son fiancé, puis exige de lui un serment de vengeance. Ils sortent et les serviteurs emportent le corps de leur maître.

Le jour se lève doucement. Don Giovanni et Leporello reviennent sur le lieu du crime comme si de rien n’était. Do Giovanni a déjà en tête une nouvelle conquête : il recherche une belle dame rencontrée la veille pour l’emmener le soir même dans son pavillon. Leporello voudrait pouvoir faire des reproches à son maître sur la mauvaise vie qu’il mène mais dès qu’il ouvre la bouche il reçoit des coups. Don Giovanni sent une « odeur de femme » : une nouvelle conquête s’offre à lui en la personne d’une inconnue débarquant en ville.
Donna Elvira vient arriver à Séville, elle cherche son amant pour le faire « revenir à elle » ou pour « lui arracher le cœur ». Elle chante son désarroi de ne pouvoir le trouver. Comme Séville est la ville de la famille de son « mari », elle en a conclu que le mieux était de s’y rendre en toute hâte. Don Giovanni veut consoler et protéger cette pauvre felle infortunée seule en voyage. Il l’aborde. Ils se reconnaissent. Fureur de Donna Elvira, stupeur de DG qui essaie de la calmer, mais en confie vite le soin à Leporello, tout en fuyant lui-même cette situation inextricable.
Leporello, est fort embarrassé à faire comprendre que DG n’est pas le candidat idéal pour un mariage, et il finit pour en convaincre Donna Elvira par lui montrer le carnet de bord de son maître, là où il tient le compte de ses victoires. C’est une véritable carte de l’Europe galante qu’il déploie devant Donna Elvira effarée de découvrir la vérité. Puis, discrètement, il replie sa carte et se défile à son tour, laissant la malheureuse à sa déconvenue Sous le choc Donna Elvira, se raccroche à l’idée de la vengeance. Mais par qui se faire soutenir dans cette ville étrangère ? Elle sort en plein désarroi.

Dans le soleil du matin arrive en ville un groupe de villageois : Zerline et Masetto vont se marier, et il s’agit de fêter dignement cela avec leurs amis. Don Giovanni revient de sa collation, satisfait de s’être défait de Donna Elvira. Leporello lui a raconté comment il l’a laissée à son malheur sur la place voisine.
D.G découvre alors la jolie paysanne à marier. Il charge Leporello d’emmener toute la compagnie chez lui, de faire servir à boire et à manger pendant qu’il restera seul avec Zerline. Le marié proteste mais doit se plier à la volonté de Don Giovanni. Il sort, amer, avec toute la joyeuse bande menée par Leporello.
Zerline déclare tout de go à D.G que Masetto est son promis, ce qui enflamme le désir du séducteur. Il enchante Z. de mots et de rêves jusqu’à déclarer qu’il veut lui-même l’épouser sur le champ dès qu’ils seront chez lui. Zerline finit par céder tout en croyant à leur « innocent amour ». Mais surgit Donna Elvira qui se charge de sauver Z. des mains du séducteur. Sa passion brûlante saisit la jeune fille naïve et elle se laisse ramener par elle à Masetto dans les jardins du pavillon de D.G. Impuissant, Don Giovanni assiste à ce « rapt ». Décidément cette Donna Elvira vient se mettre en travers de son chemin et tous ses projets tournent mal !

Sur le chemin du cimetière Donna Anna et Don Ottavio croisent leur ami Don Giovanni, avec lequel il, ont probablement dîné la veille. Ils lui demandent son soutien. Il s’inquiète des larmes de Donna Anna lorsque… Donna Elvira revient poursuivre Don Giovanni après avoir remis Zerline à son fiancé. Elle demande à Donna Anna (qu’elle ne connaît pas) de se méfier de cet homme faux. Don Ottavio et Donna Anna sont frappés par sa dignité et ne savent plus qui croire. Il ne reste à Don Giovanni qu’à jouer l’argument de la folie de Donna Elvira pour sortir de ce nouveau mauvais pas. Après s’être débattue devant tant de fausseté, Elvira s’enfuit. Don Giovanni la suit « pour lui éviter quelque accident » déclare-t-il à ses amis.
Donna Anna a reconnu la voix de son agresseur de la nuit dernière. Elle raconte à son fiancé la terrible nuit au cours de laquelle elle a failli perdre son honneur et a perdu son père. Elle demande à Don Ottavio de la venger de leur soit disant ami. Elle continue son chemin vers le cimetière.
Don Ottavio ne peut consentir à croire que leur ami est un violeur et un assassin. Il doit absolument découvrir la vérité, la paix de D.A en dépend. Il la suit au cimetière.
D.G, enfin débarrassé de Donna Elvira (comment, on ne le sait pas ?) peut se consacrer à séduire Zerline, sa nouvelle proie. Leporello lui raconte comment il s’est acquitté de sa tâche en installant les paysans chez lui et comment il a jeté Donna Elvira dehors après qu’elle ait remis Zerline dans les bras de Masetto. Il a fermé la grille du jardin derrière elle, bon débarras ! Don Giovanni est enfin tranquille. On va boire et pouvoir faire la fête tranquillement.

Vers le soir on retrouve les paysans qui se reposent de leurs agapes de l’après-midi et attendent le bal. Masetto boude. Zerline l’amène à exploser de colère. « Frappe, frappe-moi ! ». Masetto est reconquis, mais on entend depuis le palais la voix de Don Giovanni : Zerline a peur de la pression qu’exerce sur elle le maître. Masetto se méprend sur son attitude et revient à ses soupçons jaloux. Il se cache pour épier la rencontre de Don Giovanni avec sa promise. Zerline craint autant pour lui que pour elle. Le grand seigneur méchant homme fait peur, d’autant qu’on est dans son domaine. Don Giovanni et ses serviteurs invitent les paysans à rejoindre la salle de bal. Il retient Zerline et veut l’emmener dans l’endroit dans lequel Masetto s’est caché. Mauvaise surprise pour Don Giovanni, Masetto est là… Heureusement la musique du bal se fait entendre et Don Giovanni remet son plan à plus tard. Il emmène les deux paysans danser.

Devant le palais arrivent trois inconnus masqués : Donna Elvira a rejoint Don Ottavio et Donna Anna et les a convaincus d’utiliser l’occasion du bal pour tenter de découvrir sur place les méfaits de son « mari ». Ils savent qu’ils risquent gros à ainsi jouer les justiciers masqués. Leporello les aperçoit et, sur l’ordre de son maître, les invite au bal.

La fête a déjà commencé. Les trois personnages masqués s’avancent. Don Giovanni les invite à se joindre le bal « On ouvre à tout le monde : vive la liberté ! ». On danse : un menuet pour Anna et Ottavio, une contre danse pour Don Giovanni et Zerline, une allemande pour Leporello et Masetto. Don Giovanni en profite pour entrainer Zerline dans ses appartements. Masetto veut se précipiter derrière eux. Leporello court rejoindre son maître pour l’avertir du danger. Les trois masques portent secours à Zerline. Don Giovanni reparait en trainant Leporello qu’il feint de vouloir châtier. Zerline se jette dans les bras de Masetto. Les trois masques se découvrent. (Don Ottavio est armé). Ils menacent Don Giovanni de la justice des hommes et lui annoncent l’imminence de la vengeance. Don Giovanni est pris au dépourvu et ne sait quel stratagème inventer pour se sortir de ce nouveau mauvais pas. Puis il se ressaisit : il refuse dans cette situation extrême d’avouer le moindre forfait. Leporello est suspendu à chaque mouvement de son maître : « même si le monde tombait, rien jamais ne lui fait peur ». Ils sortent tous les deux, franchissant le cercle menaçant (mais médusé) des autres personnages qui se sont ligués contre eux.

Le lendemain, au soir tombant, Leporello cherche à se défaire définitivement de son maître. Celui-ci lui donne un supplément d’argent pour le faire rester. Il lui explique son nouveau plan : puisqu’il veut séduire la camériste de Donna Elvira il faut faire sortir celle-ci de chez elle. Pour ce faire ils échangeront leurs vêtements. Leporello charmera le grande dame sous sa fenêtre (c’est Don Giovanni qui parlera pour lui) afin de l’appeler dans la rue. Une fois que celle-ci aura rejoint celui quelle croira être son mari, Don Giovanni fera du vacarme dans la nuit pour faire fuir Elvira et Leporello ensemble. Ainsi la voie sera libre pour séduire la camériste. Donna Elvira se laisse prendre au piège et les retrouvailles avec celui qu’elle croit être son mari sont brûlantes. Comme prévu, Don Giovanni feint une agression et les fait fuir. Son plan peut enfin se réaliser: il chante une sérénade sous les fenêtres de l’hôtel de Donna Elvira mais la camérière ne vient pas… Décidément rien ne va plus !

Masetto et ses amis entrent armés à la recherche de Don Giovanni. Celui-ci, déguisé en Leporello les convainc de se séparer en deux groupes afin de mieux capturer le séducteur. Il reste seul avec Masetto et le bat violemment. Après quoi il fuit vers d’autres aventures. Zerline (qui craint que sa jalousie attire des ennuis à son mari) survient et le soigne de milles baisers. L’amour est renforcé par les épreuves de ces deux journées à la ville. Ils s’en vont pour rentrer chez eux.

Effrayé par des mouvements de flambeaux dans la rue (et aussi dans la crainte d’être reconnu) Leporello entraine Donna Elvira derrière la porte d’un palais. Dans le noir ils se retrouvent sans le savoir dans une salle basse du palais du Commandeur. Donna Elvira, guidée par son seul désir, est de plus en plus pressante, Leporello cherche à déjouer ses avances. Donna Anna et Ottavio rentrent chez eux et les découvrent. Le faux Don Giovanni veut fuir, et au moment où il ouvre la porte Zerline et Masetto passent dans la rue. On veut arrêter le monstre mais Donna Elvira prend cette fois sa défense. Les autres ne comprennent plus rien… Leporello se découvre : désarroi général. Donna Anna se retire. Zerlina, Masetto, Don Ottavio et Donna Elvira s’en prennent à Leporello qui implore leur pitié et arrive à fuir. Cette fois Don Ottavio est convaincu de la culpabilité de son ami Don Giovanni. Il demande aux deux paysans de veiller sur Donna Anna et s’en va chercher la police. Elvira, demeurée seule, n’arrive pas à trouver la paix.

Vers huit heures du soir, Don Giovanni, encore habillé avec les vêtements de Leporello, se laisse accoster par une jeune femme qui le prend pour son amant (ou mari on ne sait pas ?). Lorsqu’il révèle son identité elle s’indigne et le poursuit ; pour la fuir il saute par dessus un mur et se retrouve dans un cimetière. Il peut se reposer enfin de ses deux journées éreintantes. Dans la rue Leporello, tout seul, maudit son maître. Don Giovanni reconnaît sa voix, l’interpelle et il saute le mur à son tour. Chacun reprend ses vêtements et D.Giovanni raconte à Leporello sa dernière aventure : il s’est laissé séduire par une amie à lui (ou sa femme ?). Le mécontentement de ce dernier fait éclater Don Giovanni de rire. « De rire tu finiras avant l’aube », déclare une voix d’outre-tombe. Il reconnaît la statue fraichement dressée du Commandeur. Dans cette voix il reconnaît celle du « vieux farceur » qui l’a obligé à le tuer et décide de surenchérir dans l’absurdité : il charge Leporello d’inviter la statue à dîner le soir même. La statue semble accepter l’invitation. Leporello et son maître quittent rapidement le cimetière.
Donna Anna ne peut rester chez elle, elle revient en pleine nuit au cimetière accompagnée de Don Ottavio. Ce dernier a agi auprès des autorités de police, la vengeance s’organise de façon légale. Don Giovanni devrait rapidement être mis hors d’état de nuire. Mais Anna ne peut s’arracher à la tombe de son père, elle s’abîme dans le deuil. Donna Ottavio assure qu’il fera tout pour alléger sa souffrance.

Tout est prêt pour un souper en musique. Don Giovanni se fait servir par Leporello. L’orchestre accompagne le souper avec des airs à la mode. Survient Donna Elvira qui a quitté ses amis pour tenter une dernière fois de sauver Don Giovanni : s’il accepte de changer de vie il pourra échapper à une arrestation imminente. Cela fait ricaner le joyeux dineur. En sortant, Donna Elvira pousse un grand cri : c’est la statue qui approche. Leporello se cache, Don Giovanni l’accueille. « Tu m’as invité… je suis venu ; viendras-tu souper avec moi ? ». Don Giovanni tend se main pour répondre à l’invitation. Le Commandeur lui demande de se repentir à quatre reprises, Don Giovanni s’y refuse. Le sol engloutit Don Giovanni dans les flammes.
Entrent Zerlina, Masetto, Donna Anna, Don Ottavio et Donna Elvira, suivis d’officiers de justice. Ils arrivent trop tard. Ils se réjouissent de la vengeance divine, réorganisent leur avenir, mais au fond, ils regrettent déjà le monstre.

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