Der rechte Auserwählte
Der rechte Auserwählte d'Éric Assous, création de Jean-Claude berutti en langue allemande

2018

Der rechte Auserwählte

Éric Assous

Compagnie JCB, Château de Goutelas, Théâtre de Roanne, Rideau de Bruxelles & Théâtre des Martyrs

Oui, on peut rire de tout, il faut juste choisir le bon angle d’attaque

  • Décor : Rudy Sabounghi
  • Costumes : Rudy Sabounghi
  • Dramaturgie : Anja Del Caro
  • Distribution : Stefan Jürgens, Ruth-Marie Kröger, Volker Zack, Wanda Perdelwitz & Ole Schlosshauer

LE POPULISME, OU COMMENT S’EN DÉBARRASSER ?

 

Si je reprends le titre d’une pièce de Ionesco AMÉDÉE, OU COMMENT S’EN DÉBARRASSER pour évoquer la pièce de Eric Assous, c’est pour mieux révéler les qualités d’écrivain de l’auteur qui, modestement, ne pense qu’il sait uniquement faire rire le public des boulevards …

La femme d’Amédée, chez Ionesco, n’arrive pas à se débarrasser du cadavre de son mari qui prend littéralement de plus en plus de place dans le salon bourgeois (à chaque acte le cadavre grandit).

Dans la pièce de Eric Assous qui met en scène un groupe de bourgeois-bohèmes d’aujourd’hui, on ne sait plus comment se débarrasser de la peste… Heureusement qu’un « deus ex machina » arrivera finalement pour sauver tout le monde du désastre, à la faveur d’un conversation téléphonique.

Comme Molière en son temps disait « qu’il est difficile de faire rire les honnêtes gens » en leur présentant LE TARTUFFE, Eric Assous cherche à faire rire son public avec un sujet grave : l’hypocrisie populiste à l’œuvre dans toute l’Europe d’aujourd’hui.
La principale qualité de notre auteur de comédie est de ne pas se prendre au sérieux (ni de se prendre pour Molière), et d’utiliser ce qu’il sait faire dans un but légèrement différent que dans ses pièces précédentes. Il ne s’agit pas pour lui de « détourner » la comédie, non, tout juste de lui faire prendre un petit virage, en douceur. Et il réussit ce virage avec panache… « Que ferais-je, moi, si un invité tenait chez moi de tels propos ? ». C’est la question que Eric Assous pose à son public qui croit être simplement venu au théâtre pour se divertir. Peut-être faut-il rappeler au public germanophone que la pièce a été créée à Paris à quelques mois de l’élection présidentielle de 2018. Et que la question que Eric Assous posait alors à son public bourgeois  était pour les français d’une actualité brûlante.

La pièce renferme toutes les recettes éprouvées du comique : malentendus, troubles du désir entre les sexes, soirée ratée à cause d’un nouveau venu… Mais « L’Heureux élu » a pour particularité que le « groupe d’amis » est ici particulièrement bien dessiné, méchamment, à la pointe sèche : Gregg, Jeff et Mélanie sont des modèles de narcissisme de pacotille bien-pensant, réussite sociale et « sens des valeurs » sociales-démocrates à la clef ! Aussi, la situation qui permet dans la comédie l’émergence de l’heureux élu donne à réfléchir plus que d’habitude dans un théâtre avant tout destiné à divertir.

Sans trop vouloir révéler ce qui fera le sel de la représentation, Eric Assous pose finement deux axiomes dans sa pièce:

-lorsqu’on ouvre la porte au pire, il faut savoir le mettre dehors à temps, sinon il vous colle à la peau pour longtemps.

-lorsqu’on lui donne la possibilité de s’installer, le pire révèle vite qu’il n’est qu’une baudruche, une coquille vide.

Mais en attendant, la coquille vide se sera introduite dans les esprits et les aura corrompus, le plus souvent malgré eux, pour peu qu’ils ne soient pas suffisamment vigilants, ou simplement trop pleutres…

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