Conversation avec mon père
Conversation avec mon père de Herb Gardner © Virginie Lançon

2017

Conversation avec mon père

Herb Gardner

Compagnie JCB, Théâtre de Liège, Atelier Jean Vilar-Louvain-la-Neuve & Le Public

Comment traiter une saga au théâtre ? Accepter que le théâtre déborde du côté du roman (expérience déjà tentée avec « Zelinda et Lindoro »).
Une aventure hors normes. Difficile et exaltante.

  • Décor : Rudy Sabounghi
  • Costumes : Colette Huchard
  • Assistanat : François Bertrand
  • Lumières : Christophe Forey

Regardez la vidéo de Conversation avec mon père”

Il était une fois l’Amérique…

 (à propos de « Conversations avec mon père »)

 

Il semble que Herb Gardner y raconte sa propre histoire familiale et sa relation avec son père. Ce qui explique la forme particulière de la pièce : le fils raconte divers épisodes de son enfance et  de sa jeunesse pendant que le reste de la famille la joue (et il n’a bien sûr aucun contact avec son père). La technique de passage des récits aux scènes proprement dites est réjouissante et cocasse, la blague juive devient ici saga…

 

L’autre technique dramatique particulière à CONVERSATIONS AVEC MON PERE, est le recours aux flash-back, en fonction des nécessités du récit du fils. Le même décor de bar-restaurant minable est censé changer d’époque à vue d’œil, depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à la guerre du Vietnam. Ces allers retours temporels inspirés du cinéma ne manquent pas de poser quelques difficultés au metteur-en-scène, au scénographe et à la costumière, mais cela fait partie intégrante du challenge à monter ce succès inclassable et pittoresque du théâtre américain.

Saga familiale donc, en incluant dans le cercle les habitués du restaurant formant un petit groupe d’émigrants juifs encore mal intégrés au « modern way of life » : le patron du bistrot et père de famille est soucieux de faire oublier le plus vite possible ses origines ashkénazes en se fondant dans le moule yankee. Oui, seulement il a une femme respectueuse des traditions yiddish, ainsi que deux fils dont il voudrait faire de bons petits américains et avec lesquels il ne cesse d’être en crise d’autorité.

Pas facile de maîtriser la situation tout en renouvelant la clientèle, avec une femme qui ne  sait cuisiner autre chose que quelques plats d’Europe centrale, d’autant que les fils sont aux prises avec des difficultés d’immigration et doivent faire face à des vexations racistes. Tout cela en passant de l’enfance, puis à l’adolescence et enfin à l’âge adulte, les trois temps de la pièce qui se mélangent allègrement dans le temps de la représentation et laissent émerger les personnages de leurs propres souvenirs …

CONVERSATION AVEC MON PERE, c’est enfin le chant de l’exil, avec tous ses couplets de l’intégration durement menée et finalement loupée. On y rit beaucoup, on y pleure aussi, mais ce sont les disputes qui font la part belle de ces Conversations. S’y mêlent au yiddish le « slang » new-yorkais, on y chante et on y danse aussi, emporté par la vitalité impressionnante et insurpassable du père, Itzhak Eddie Goldberg Ross, un personnage aux dimensions shakespeariennes.

 

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