UNE FÊTE POUR ERWIN

Pour raconter la journée d’obsèques de mon beau-père Erwin je devrais remonter très en amont. Je ne le ferai pas tout-à-fait, mais tout de même… Les parents de Silvia ont habité depuis les années soixante (et jusqu’à la décision de Erwin il y a deux ans de se retirer dans une maison pour personnes âgées près de chez lui) dans le centre de Vienne un appartement dans une belle maison baroque « collée » à la Paulaner Kirche au tout début de la Favoritenstrasse (pour ceux qui connaissent Vienne derrière la Karlskirche à dix minutes de l’Opéra)… Cette maison appartient à une famille qui est toujours restée fidèle à Erwin autant qu’à Silvia. Chaque fois que Silvia vient à Vienne elle habite dans un des appartements de la maison gracieusement mis à sa disposition, ce qui a jusqu’ici facilité ces nombreuses venues pour rendre visite à son père et nous permet à tous de garder un lien avec la passé. Lire la suite

DES ACCORDS PARFAITS

 

Je quitte mes comédiens pour quarante huit heures pour des raisons personnelles et cette pause dans notre travail me donne l’occasion de faire un premier bilan. Nous avons commencé à répéter il y a tout juste deux semaines. Le dessin des trois/quart de la pièce est fait, moments de répétitions brefs et très intenses entrecoupés de moments de débats tout aussi intenses. Les deux comédiens principaux venant de deux mondes professionnels absolument différents il a fallu du temps pour trouver l’accord. Et il n’est toujours pas facile à maintenir en continuité… Samedi, l’un des deux s’est blessé à la tête (sans gravité) aujourd’hui l’autre, en répétant un mouvement que je lui proposais, s’est effondré au sol et s’est cassé un bras. Le plus âgé s’est blessé le chef et son cadet est tombé à ses pieds… L’inconscient joue de ses tours ! Et quelle meilleure entrée en matière que pour aborder une comédie dont le sujet est la trahison. Lire la suite

DER ROSENKAVALIER VIEILLE TRADITION VIENNOISE A ZAGREB

 

C’est assez curieux d’arriver à l’ouverture de saison de l’Opéra de Zagreb (qui est en même temps la prise de fonction de la nouvelle directrice) et d’entendre un « Rosenkavalier » (larges extraits en concert) avec un orchestre à peine bond et des solistes qui font partis de la troupe, et d’avoir la sensation d’entendre le vrai style straussien… Lire la suite

DE L’AMUSEMENT

Il y a une semaine je menais à Essen un fort combat contre une pièce « moulin à vent », le difficile « Don Quijote » de Tariq Ali dans lequel il n’y a pas assez de théâtre et trop de mots… Aujourd’hui je répète au soleil du midi et en pleine garrigue « Les femmes de Bergman », un texte tout autant « moulin à vent » que le précédent. A part que celui-ci je l’ai pris au collet dès le début des répétitions, lui ai tordu le cou pour lui faire dire des choses plus exaltantes que ce qu’il disait. C’est ma spécialité de cette année de m’être confronté à des textes problématiques… Lire la suite

« TRISTESSE ANIMAL NOIR » de Anja Hilling, exercice sous haute tension à l’Ecole du Théâtre National de Bordeaux…

C’était déjà une gageure que de vouloir traverser la France en pleine grève de la Sncf pour venir assister à une présentation d’une pièce traduite par Silvia Berutti- Ronelt et moi-même ! Mais finalement j’arrivais à Bordeaux hier vers treize heures et j’étais bruyamment accueilli à l’entrée de la gare Saint Jean par l’odeur des grillades merguez émanant d’une fête de fraternisation entre cheminots, artistes et techniciens du spectacle… Cela me parut de bon augure et d’une certaine manière j’étais déjà dans la pièce avec la grillade, mais je craignais en même temps de ne pas la voir le soir-même, ne sachant rien des mots d’ordre qui seraient passés… Lire la suite

LE MARTYR de Marius von Mayenburg

La pièce de Marius von Mayenburg « Der Martyr », est surprenante dans la production même de son auteur. Elle ne cherche aucun effet, de lyrisme, de structure, de poésie ou d’expressionnisme, mais elle traite directement d’un sujet : celui de l’extrémisme religieux. Et toute l’adresse de l’écrivain est de faire de son héros, un jeune collégien allemand, un fanatique chrétien. Comme si l’auteur s’était amusé à mettre en garde ses spectateurs tout en cherchant à exorciser des mentalités « petites bourgeoises libérales »… Lire la suite

LA VOLUPTE DU THEÂTRE

Il s’agira pour la compagnie de représenter sans lien apparent, et dans la même soirée un dialogue philosophique sur la puissance de l’imagination, et une quasi-pantomime représentant l’essence de la jalousie et de la duplicité. Dans ces deux pièces brèves qui trouvent leur origine dans des nouvelles de l’auteur écrites à plus de vingt ans de distance, Pirandello joue avec la réalité comme à son habitude, mais dans ces deux cas précis il s’évertue à déjouer la réalité, à atteindre une sorte de parabole universelle à partir de situations banales (la rencontre de hasard de deux hommes à la terrasse d’un café pauvre et une scène de ménage entre un homme soupçonneux et une femme dont on peut douter de la fidélité). Lire la suite

AU CAFE DE L’EUROPE

20 Février 2014 à Hambourg

Alors que je répète à depuis une semaine « Intouchables » au Kammerspiele, je réalise en tournant autour de la Gare et en attendant le début du spectacle de Christoph Marthaler au Schauspielhaus, que si j’ai la chance de vivre ce moment de ma vie artistique pleinement à travers l’Europe, cette chance s’est jouée ici même, il y a dix ans, dans ce quartier, peut-être même jour pour jour… Lire la suite

ARRACHE A UN FEUILLET DE MON JOURNAL DE TRAVAIL ALLEMAND

ARRACHE A UN FEUILLET DE MON JOURNAL DE TRAVAIL ALLEMAND

On se souvient de comment Montesquieu traitait dans ses « Lettres persanes » des différences de goût selon qu’on trouvait d’un côté ou de l’autre d’une frontière… comment, aussi, l’écrivain français utilisait la Perse pour changer le regard de l’occidental (le français en l’occurrence) sur ses us et coutumes. Hé bien, j’ai beaucoup pensé à Montesquieu ces derniers temps, de l’autre côté du Rhin, et à son humour philosophique… Lire la suite

ARRACHE A MES RÊVES (DANS LES ARBRES)

Après avoir lu, relu et recopié le très beau poème de Lawrence Durrell « Citrons amers » dans lequel il évoque la beauté âpre se Chypre, je suis sorti dans le jardin, et je me suis laissé prendre par le soleil qui en éclairait un endroit précis. Il y a deux ans et demi, au printemps, j’ai passé là des heures à lire et relire, répéter à haute voix le poème de Jean-Pierre Siméon « La mort n’est que la mort si l’amour lui survit ». J’entends ma voix, encore, tentant une inflexion face à la lumière du début du printemps. Lire la suite