LA VOLUPTE DU THEÂTRE

Il s’agira pour la compagnie de représenter sans lien apparent, et dans la même soirée un dialogue philosophique sur la puissance de l’imagination, et une quasi-pantomime représentant l’essence de la jalousie et de la duplicité. Dans ces deux pièces brèves qui trouvent leur origine dans des nouvelles de l’auteur écrites à plus de vingt ans de distance, Pirandello joue avec la réalité comme à son habitude, mais dans ces deux cas précis il s’évertue à déjouer la réalité, à atteindre une sorte de parabole universelle à partir de situations banales (la rencontre de hasard de deux hommes à la terrasse d’un café pauvre et une scène de ménage entre un homme soupçonneux et une femme dont on peut douter de la fidélité). Dans « L’homme à la fleur à la bouche » la conversation prend de la hauteur dès la troisième réplique pour atteindre un discours sur les apparences tout en nous entraînant l’air de rien au bord du gouffre :

« Ah, l’imagination ! Adhérer grâce à elle, continûment, à la vie des autres… – mais pas des gens qu’on connaît. Non, non. Ça, je ne pourrais pas ! Cela me donne du dégoût, si vous saviez, des nausées. À la vie des étrangers, autour desquels mon imagination peut travailler librement, mais pas capricieusement, en tenant compte au contraire des plus petits aspects découverts chez tel ou tel. Et si vous saviez combien et comme elle travaille ! Jusqu’où je réussis à m’enfoncer ! Je vois la maison de tel ou tel ; j’y vis ; je m’y sens vraiment, jusqu’à percevoir… vous savez, cette haleine particulière qui couve dans toute maison ? dans la vôtre, dans la mienne. – Mais dans la nôtre, nous, nous ne la percevons plus, parce que c’est l’haleine même de notre vie, vous comprenez ? »

Dans « Je rêve, mais peut-être pas », c’est l’entre-deux du rêve et de la réalité, de la chronologie biaisée, qui renouvelle l’intérêt du sujet de l’amant soupçonneux et le pousse à un niveau archétypal, avec l’utilisation d’une marionnette et des comédiens eux-mêmes comme marionnettes… comme pour mieux prendre ses distances avec un théâtre réaliste des apparences. Une jeune femme rêve que son amant l’étrangle, elle se réveille, il est là à l’observer… S’il l’on inversait la première et la seconde partie de la pièce on assisterait aux préparatifs d’un meurtre, mais peut-être rêve-t-elle d’abord ce que son amant lui fera subir après le baisser du rideau… On ne sait jamais. On pourrait presque dire qu’il s’agit là d’une version rêvée de « Othello » qui durerait quarante minutes et dans laquelle un collier aurait pris la place du mouchoir :

« Une chambre: mais peut-être pas! Un salon. Certes, une jeune femme y est étendue sur un lit: mais peut-être pas: on dirait plutôt un divan dont par quelque ressort le dossier se serait rabattu. Du reste, rien au début ne se discerne bien, parce que la pièce est à peine désobscurcie par une lueur anormale qui émane du petit tapis vert au pied au pied du divan. Cette lueur semble devoir disparaître sur un léger mouvement de la jeune femme endormie. »

Je me permettrai ici un insert sur la couleur verte qui sera l’un des fils conducteurs du spectacle. Michel Pastoureau nous rappelle que « le vert est une couleur chimiquement instable : elle est facile à produire, mais pas à stabiliser… Elle est donc devenue la couleur de l’instabilité. Le vert représente tout ce qui bouge, change, il est la couleur du hasard, du jeu, du destin, du sort, de la variation des sentiments… » J’utiliserai cette couleur de manière récurrente, en référence au petit tapis pirandellien, avec le blanc et le noir, mais dans ses infinies variations (pouvant aller du froid jusqu’aux limites chaud), dans les textures et les matières, et cela pour les deux pièces que je désire juxtaposer.

Au delà de la couleur, ce qui pourrait relier « L’homme à la fleur à la bouche » et « Je rêve, mais peut-être pas » (l’un étant extrêmement connu, l’autre quasiment ignoré) serait une sorte d’enthousiasme enfiévré de l’auteur face à la disparition, à l’effacement, à la mort. Le premier texte traite de l’enthousiasme d’un homme qui sait que le moindre geste banal qu’il observe chez les autres sera le dernier, le second traite de la fièvre créatrice qui nait de l’impossibilité même à représenter le réel. Entre le lever et la chute du rideau de cette soirée, j’aimerais que s’installât une sorte de tension irrésolue et qu’elle demeurât une énigme persistante dans le cœur des spectateurs.

Mon désir de questionner le caractère quasiment magique de ces deux chefs d’œuvre vient de très loin : de l’envie de « bricoler » de la magie avec quelques éléments scéniques et lumineux d’abord, de l’envie de jouer moi-même (envie qui a grandie pendant la dernière série de représentations de « Confidence africaine »dans lequel je tentais de faire naître la magie de la seule diction du texte) ensuite, de l’envie enfin d’aborder le théâtre depuis sa part symboliste (ce qui était déjà la tentative de « Je pense à Yu »), pour ne pas dire depuis sa part métaphorique…
Enfin, il est à noter que ces deux brefs joyaux de l’écrivain sicilien permettent de faire un curieux tour d’Europe stylistique (de « mon » Europe en tous les cas, de celle de mes deux origines). La première pièce est profondément italienne, tirée d’une nouvelle sicilienne elle demeure dans son jus de « réalisme poétique » alors que la seconde ressort de l’inspiration allemande du dramaturge. Ecrite et créée à Berlin à la suite de « Ce soir on improvise » elle est un excellent exemple du versant expressionniste de son auteur, et la confrontation de ces deux styles contradictoires n’est pas le moindre intérêt pour moi dans la réalisation de cette soirée. Mon goût pour les voyages est connu et je vais m’atteler à associer à ce projet l’un ou l’autre de mes partenaires européens.

Le fantôme du comédien

Tout le monde s’accorde pour dire combien « L’homme à la fleur à la bouche » est un des chefs d’œuvre de son auteur. Mais au-delà de ce constat plus personne n’est d’accord pour donner un sens à cette pièce à trois personnages (si l’on tient compte de la silhouette de la femme). L’Homme à la fleur à la bouche et Le Client se rencontrent à une heure avancée de la nuit, à la terrasse d’un café, dans une banlieue pauvre d’une ville de Sicile… Tout commence par cette rencontre de hasard. Le Client a raté le dernier train pour rentrer chez lui et il doit attendre le premier à six heures du matin, L’Homme attend lui aussi quelque chose et l’on finit par comprendre qu’il s’agit de la mort. Ce qui a laissé dire à certains critiques qu’il s’agissait de la première pièce absurde du répertoire européen… Je ne me satisfais pas de cette interprétation, pas plus que de celle qui tend à prouver que l’on a affaire à un dialogue « naturaliste » à la manière de la nouvelle dont la pièce est tirée.
Il serait de la même manière réducteur de traiter la pièce comme un dialogue philosophique… Et d’ailleurs il est bien difficile d’y suivre le fil de la pensée du protagoniste :

« Mais que disions-nous ? Ah, c’est ça… Le plaisir de l’imagination. Qui sait pourquoi, j’ai tout de suite pensé à une de ces chaises de salle d’attente où les clients se trouvent avant la consultation !
LE CLIENT.– Bien sûr… en réalité…
L’HOMME À LA FLEUR.– Vous ne voyez pas le rapport ? Moi non plus. (Pause.) Mais c’est que certaines associations d’images, éloignées les unes des autres, sont si particulières à chacun de nous ; et déterminées par des raisons et des expériences si singulières, qu’on ne se comprendrait plus l’un l’autre si, en parlant, on ne s’interdisait pas d’en faire usage. Rien de plus illogique, souvent, que ces analogies. (Pause.) Mais le rapport, sans doute, peut être celui-ci, voyez : Auraient-elles plaisir, ces chaises, à imaginer qui est le client qui vient s’asseoir sur elles en attendant la consultation ? »

Sa pensée est décousue, comme en lambeau, presque incohérente, comme pourrait être la conversation de deux inconnus bien sûr, mais Pirandello, au delà du fait qu’il sache admirablement faire parler ses figures, sonde avec une exactitude maladive le flux semi-conscient de la pensée de l’Homme, qui ne finit jamais vraiment une idée, s’échappe chaque fois qu’il tient une image, vers un autre épisode qui n’a rien avoir avec le précédent, épisode laissé lui-aussi au bord du vide…

Ce personnage de condamné chaleureux, d’énigmatique discoureur (comme on en trouve ailleurs dans le théâtre pirandellien, mais aucun n’est attachant comme celui-ci, le « discoureur » est peint généralement avec les couleurs d’un comique affirmé dans le théâtre italien de cette époque) est dessiné par le poète dans une curieuse attitude que j’appellerais « entre le deuil et la gourmandise ». Le deuil, car la connaissance de la mort et de la disparition lui sont proches et parce qu’il ne se sent pas à l’aise dans l’oubli qui sied à une vie bourgeoise (celle par exemple du Client qu’il rencontre). L’Homme demeure farouchement du côté de l’inoubliable, c’est même probablement le sens caché de son discours discontinu !
Il arrache à sa mémoire certes douloureuse (mais dont il ne laisse rien voir sauf en filigrane) des souvenirs volés dans la vie des autres pour se maintenir dans la présence, alors qu’il sait qu’il va disparaître sous peu… C’est un effort, un travail de bénédictin que le personnage fait sous nos yeux, celui d’un encyclopédiste du sensible. Et en cela il se rapproche de la gourmandise et de l’amour de la vie.
Le Client, lui, semble (ou feint d’) être dans l’oubliable… malgré les petits tracas que lui a causé sa famille et qui ont eu pour résultat de lui faire rater son train. Le voilà donc en pleine nuit, après une soirée au théâtre (cela n’est pas sans importance), tout empêtré dans son quotidien familial, bien que profitant de cette nuit de liberté comme il le peut… Lui s’exprime carrément, logiquement, tout embourbé qu’il est dans l’existence, alors que l’Homme lui ne s’exprime que par le détour.
Et cette question du détour me paraît assez fondamentale pour lire et comprendre la pièce. Pour le dire autrement, l’Homme pourrait être le masque du poète lui-même, et son discours apparemment sans queue ni tête n’est autre qu’un discours « poétique » d’écrivain sur son propre travail. Pirandello aimait les masques et souvent, dans ses pièces, il fait parler des écrivains, des gens de théâtre, mais la plupart du temps dans un style ironique ou expressionniste. L’homme à la fleur à la bouche serait alors le seul masque tendre qu’il aurait décidé de porter pour exprimer le désir d’inoubliable qui se cache dans l’observation minutieuse des choses et des êtres qui les manipulent. Il utilise pour cela le ton légèrement théâtral d’une conversation ciselée, tout en cherchant à rendre compte du « naturel » d’un bavardage de hasard…

J’essaierai donc, en jouant l’Homme à la fleur à la bouche, et afin de maintenir vivace les souvenirs du personnage dans le cœur des spectateurs, de détacher les mots, de ciseler les phrases, de manière même un peu artificielle, afin de rendre toute vérité « masquée » de la pièce. Le trop d’intimité et de naturel dans l’élocution et le jeu théâtral pourraient nuire à la clarté mystérieuse du propos énoncé. Le ton du personnage demandera aussi à être « halluciné », mais aussi « charnu », légèrement sensuel, de ce charme particulier qui passe par la bouche, justement lieu de d’éclosion de la fleur.

« Si la mort, mon cher monsieur, était comme un de ces insectes étranges, immondes, que quelqu’un découvre inopinément sur soi… Vous passez ; un autre passant, subitement, vous arrête et, prudent, avec deux doigts dressés vous dit : « Pardon, permettez ? Vous avez, Monsieur, la mort sur vous ». Et avec ces deux doigts dressés, la saisit et la jette… Ce serait magnifique ! Tant et tant se promènent désinvoltes et l’esprit ailleurs, qui l’ont peut-être sur eux ; personne ne la voit ; et eux, ils pensent paisiblement et tranquillement à ce qu’ils feront demain et après-demain. Maintenant moi, (il se lève) cher monsieur, voilà… je viens là… (il le fait se lever et le conduit sous la lumière du lampadaire) là sous ce lampadaire… venez… je vais vous montrer une chose… Regardez, là, sous cette moustache… là, vous voyez cette belle protubérance violacée ? Vous savez comment ça s’appelle ? Ah, un nom délicieux… plus doux qu’un caramel : – épithélioma, ça s’appelle. Prononcez-le, vous sentirez quelle douceur : épithélioma… La mort, vous comprenez ? elle est passée. Elle m’a planté cette fleur dans la bouche, et elle m’a dit : – « Garde-la, mon cher : je repasserai d’ici huit ou dix mois ! » (Pause.) Alors, dites-moi, si avec cette fleur dans la bouche, je peux rester tranquillement et paisiblement à la maison, comme cette malheureuse le voudrait ? (Pause.) Je lui crie : – Ah oui, et tu veux que je t’embrasse ? – « Oui, embrasse-moi » – Et vous savez ce qu’elle a fait ? Avec une épingle, la semaine dernière, elle s’est fait une écorchure là, sur la lèvre, et puis elle m’a pris la tête et a voulu m’embrasser… m’embrasser sur la bouche… parce que, disait-elle, elle voulait mourir avec moi. (Pause.) Elle est folle… (Puis, avec colère :) À la maison, moi, je n’y suis pas. J’ai besoin de me tenir devant les vitrines des magasins, moi, pour admirer l’adresse des vendeurs. Parce que, vous comprenez, s’il se produit un instant de vide à l’intérieur de moi… vous le comprenez… »

Tout cet art consommé de la digression, de l’association étrange, du détour n’est bien sûr qu’une manière pour Pirandello de raconter ses propres secrets sans fond… Pour autant, cette interprétation quasi autobiographique ne me paraît pas suffisante aujourd’hui.
Il me semble qu’autre chose se fait jour pour le spectateur contemporain dans cette pièce énigmatique. Pour le dire simplement « L’homme à la fleur à la bouche » semble questionner la place de l’artiste de théâtre dans un monde qui a choisit d’autres types de divertissements ou de loisirs. Le caractère moribond du protagoniste, au delà de son inquiétante légèreté prendrait alors une valeur métaphorique inattendue et nouvelle, celle d’une beauté anachronique, inutile et vouée à sa rapide disparition face à un Client-spectateur indifférent…

Le charme indiscret de l’amour

Les questions d’interprétation sont dans la seconde partie du diptyque plus complexes encore puisque l’on ne sait jamais, comme le titre l’indique, quand le spectateur se trouve être dans la réalité ou dans le rêve. Ecrite à Berlin, la pièce porte la marque du premier expressionisme déjà à l’œuvre dans « Ce soir on improvise ». Mais elle pousse le doute sur ce qui est représenté encore plus loin, puisque la frontière onirique est totalement illisible et que ce trouble se double du vague entretenu par l’auteur sur la chronologie même de la pièce. Comme le dit si bien le traducteur : « Il faut la jouer telle qu’elle est et ne pas trop réfléchir ! ». Mais c’est tout de même parce qu’elle est difficile à interpréter (et qu’il faudra bien aller dans une direction ou dans une autre) que j’ai le désir de la monter !
J’aurais tendance à choisir l’interprétation selon laquelle l’ensemble de la pièce ne serait que le rêve prémonitoire de la jeune femme, et que l’action véritable commencerait après la chute du rideau. Non seulement cette interprétation a l’avantage d’être la plus ouverte, la plus porteuse de sens multiples (et propices aux associations les plus surréalistes) mais elle a aussi l’avantage de présenter la pièce comme une « scène primitive » de la tragédie d’« Othello », dont le spectateur est censé connaître la fin fatale. Nous voilà donc dans la tête de Desdémone rêvant… de la même manière que dans la pièce précédente le Client sortait d’un théâtre et tombait sur un personnage hautement théâtral et en marge de la réalité, voilà que le personnage de théâtre sortant de son cadre apparaît curieusement au cœur de « Je rêve, mais peut-être pas ». Et de cadre, parlons-en : il ne s’agit que de miroirs qui se transforment en fenêtres, de tapis cachant des portes, de console s’ouvrant et devenant un coffre à bijoux… On pourrait reprendre à l’infini les didascalies de cette pièce en partie muette qu’on y trouverait partout l’obsession du cadre changeant, mouvant, allant même jusqu’à sa propre déliquescence à la fin de la pièce. Dans ces cadres constamment mouvants, parfois structurées, parfois amorphes, et qui seront soutenus dans notre représentation par les images animées créées par Rudy Sabounghi, vont se dessiner deux figures (la troisième n’est que d’utilité et je l’interpréterai avec plaisir) dont les contours demeureront assez nets, un couple d’amants, saisi dans un moment d’extrême fragilité. Là se trouve le cœur dramatique et puissant de la pièce, une situation exactement décrite, connue de tous et permettant les jeux délirants de miroirs et de cadrages.
Mais le plus surprenant, peut-être, dans ce caprice théâtral réside dans les suspensions que Pirandello ordonne à son interprète masculin. Il devra trouver des moments d’arrêts complets de jeu, de vide suspendu, de virgules dans ses actions. Ces moments, que l’interprète-marionnette pourra choisir à sa guise, sont destinés à ramener le spectateur dans le concret de la représentation tout en jouant avec la limite de ce que peuvent représenter des moments d’absence totale de théâtralité.
Il s’avère que mes aventures théâtrales m’ont déjà emmené en Inde pour y préparer un projet. J’ai eu à cette occasion l’honneur et la chance de rencontrer à Delhi une très grande danseuse, aujourd’hui âgée, interprète toujours merveilleuse, la gourou Sonal Mansigh, dont le talent expressif dépasse considérablement le répertoire traditionnel indien. Cette grande dame connaît l’anglais et le français (Maurice Béjart lui a dédié un ballet), elle a créé son école de danse et est intéressée par toutes les aventures interculturelles. Je souhaite qu’elle interprète à mes côtés le Monsieur qui attend toute une nuit dans un café que son train le ramène chez lui. Et dans la seconde pièce je souhaite qu’elle interprète le rôle de l’amant jaloux. Sa présence, son style d’interprétation (une manière unique de dessiner le moindre affect), au delà du caractère d’étrangeté qu’ils ne manqueront pas de provoquer, devraient se fondre idéalement à la conception quasiment dansée que j’ai de ces deux pièces.

« La scène qui suivra, changeante et toute entière quasi suspendue dans l’inconsistance d’un rêve, sera continuellement entremêlée de pauses plus ou moins longues, ainsi que de soudain arrêts dans le jeu, durant lesquels l’homme en frac laissera en suspens non seulement le geste, mais aussi tout mouvement expressif aussi bien des yeux que de tout le visage et de tout le corps, restant là posé comme un mannequin.»

Chambres d’écho

Curieusement, ces ordres de l’auteur pourraient aussi s’adapter aux deux comédiens de « L’homme à la fleur à la bouche », et encore plus curieusement le titre et la manière de la seconde pièce pourraient donner des axes d’interprétation scénique à la première… Finalement, et c’est bien là le plaisir de travailler sur un diptyque, la répétition de chacune des pièces nourrira la lecture de l’autre et inversement. Et en regardant la seconde pièce en écho à la première, tout en repensant à ce qu’il aura vu précédemment, je peux espérer que le spectateur de la soirée se fera peut-être la même réflexion que le créateur humoriste de ces figures :

« Tandis que le sociologue se borne à décrire la vie sociale, telle qu’elle est saisie par des observations superficielles, l’humoriste armé de sa seule intuition-aiguë-démontre, révèle combien les apparences sont profondément différentes de l’être intime de la conscience des associés. C’est pourquoi on ment psychologiquement comme on ment socialement. Et quand nous nous mentons à nous-mêmes ce n’est là-parce que seule la SUPERFICIE de notre être est éclairée par la conscience-qu’un simple effet du mensonge social. »
Voilà concentré en trois phrases un beau programme dramaturgique !

Jean-Claude Berutti
Juin 2014