Lettre à mon ami Moussa Diagana.

Je dois écrire un petit texte de présentation sur ton travail d’écrivain. Je vais donc dans ma bibliothèque, j’ouvre « Targuiya », histoire de me rafraîchir la mémoire à ton français de source… Je tombe en amont du texte sur cette dédicace « A la Paix au Mali ». Comment mieux commencer une pièce et un hommage (dans mon cas) dans les jours de guerre et de violence que connaît tout le pays ! Et le mot Paix, bien sûr, tu l’écris avec une majuscule, tu en fait déjà un personnage, comme dans ta pièce tu fais ensuite un personnage du Tilemsi, mais aussi du vent, du sable qu’il fait tourner dans l’air, des puits et des tentes des nomades.
Je ne peux me défaire de cette image du vent qui ne cesse de souffler entre tes mots, on l’ entend, le vent enivrant du désert à chaque page, comme un fantôme obsédant. « La terre est ingrate, mais elle meurt de soif… Abreuve-la donc Targuiya. Le génie du puits a, dit-on, oublié sa puisette sur la margelle, prends-la donc et abreuve la terre car la terre a soif et l’eau ne se refuse pas ».
Pour moi, c’est ce qui fait toute la beauté de ce que tu écris. On entend dans ton théâtre les espaces résonner dans les mots, à travers eux, contre eux. Je pense à « Un quart d’heure avant… » la pièce de toi commandée par la Comédie de Saint-Etienne et que j’ai mise en scène. C’est plutôt un huis clos, et pourtant, rien à faire, on y voit le lever du jour, accompagné de touts les bruits et les rumeurs de la ville de Palestine encore endormie… C’est plus fort que toi, comme l’écriture devrait toujours être d’ailleurs, plus forte que celui qui écrit !
Je sais que ton travail d’écrivain est constamment alimenté par ton travail de sociologue au sein du programme des Nations Unies pour le développement et c’est justement de que j’aime chez toi, la manière dont l’homme de terrain transpose son expérience dans la poésie. Il y a bien longtemps que tu n’es plus en activité au Nord du Mali, tu cours dans d’autres zones où règnent le désespoir et la terreur, mais tes mots continuent de témoigner de ce qui s’y passe: « La Boul-Boul d’Antoine, c’est elle qui a emporté l’enfant. Et la Boul-Boul est partie en soulevant la poussière, comme d’habitude. Et le vent a emporté la poussière au fonds du puits. Et Antoine est venu chercher mon enfant. Il voulait nous emmener tous les deux, dans son pays. Mais moi, je n’ai pas osé. Je ne suis pas montée dans une auto. Rien qu’à la voir, elle me donne le vertige ta Boul-Boul ai-je dit à Antoine. Mais garde Agali avec toi et apprends lu à voir à travers les êtres et les choses. Et un jour quand il sera grand, il reviendra. Il sera tout de bleu vêtu et je lui ferai boire à même la puisette d’eau du puits de la Paix retrouvée ».
Je t’embrasse, cher Moussa, depuis la France et espère te revoir bientôt.

Jean-Claude Berutti