ARRACHÉ A MOI-MÊME

Toute une famille travaillée, traversée par l’écrit, la tentation de l’écriture, c’est tout de même assez curieux : mo père et son testament, mon frère avec ses articles historiques, ma sœur avec sa thèse, ma mère , charmante épistolière.
Et moi qui me considère « perdant » dans cette affaire, tellement perdant que j’encourage Florian à écrire depuis longtemps. Je sais que j’allonge chaque fois un peu mon « souffle » chaque fois que je me mets à écrire, mais je sais que ça s’épuise vite.
Je sais que je n’arrive pas à aller au delà de la description de la sensation d’un instant. Que je n’arrive pas à prolonger cet instant, à l’enrichir par d’autres. Oui, me reprochant moi-même cette écriture impressionniste.
Et cela malgré tout ce que j’écris librement depuis presque deux ans, soutenu en cela fortement par vous. « Imperfectible » disait mon père de moi… Difficile à dépasser, malgré tous mes efforts, ou à cause d’eux. Difficile de croire que je puisse aller dans le cadre de l’écriture au delà de la vacuité testamentaire des écrits paternels.
Si décourager est le contraire d’encourager, j’ai toujours été découragé (je l’écris tel quel et en me relisant je lis l’effet que ça fait) de devenir un artiste de la scène, et peut-être même un écrivain…
Le premier (et unique) livre offert par mon père fut « les Mots » de Sartre lorsque j’avais onze ans. Le livre m’ennuya fort à ce moment-là. Deux ans plus tard, j’entrepris la lecture de « A la recherche du temps perdu », de mon propre gré. Tout est dit, là, mais demeure inexpliqué, je crois.

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Au détour d’une phrase prononcée en réponse à l’esprit d’organisation de mes deux partenaires de vie, je me suis surpris en m’entendant dire « je suis bloqué dans l’instant ». Comme si j’étais enfermé dans une image de l’instant contenant des parcelles de passé qui me retenait dans cet instant même et m’empêchais de voir devant moi. Ce n’est pas que je ne sache pas faire de projet, bien au contraire, mais en ce qui concerne les affaires du quotidien, je m’en tiens à cette part de rêverie instantanée qui dure… Cela peut être aussi agréable qu’angoissant, selon les instants, puisque cela fabrique des petites bulles de bien-être (ou de mal être) protectrices. Mais c’est l’expression bloquée dans l’instant qui me plait : l’instant dure ainsi plus qu’il ne devrait, il se fixe sur une image et cette image perdure au delà de l’instant dans le vide suivant qui n’est pas encore l’instant suivant. Elle vient même remplir ce vide en partie et l’empêcher d’être un instant total et complet. Et ainsi de suite…