TROISIÈME ACTE

En reprenant les répétitions des « Nouvelles aventures de Don Quichotte » de Tariq Ali, c’est comme une nouvelle aventure qui commence. Les tensions du mois de juin, les difficiles séances de dramaturgie, les hésitations sur la pièce ont probablement porté leurs fruits. La « version scénique » que j’ai préparée au fil des répétitions de juin avec mon assistante Sarah présente aujourd’hui de gros avantages. Lire la suite

LAISSER TA CAMERA. PRENDRE MA PLUME.

Je ne travaille jamais, je me prépare seulement à travailler ! Au spectacle qui vient ou à celui qui suivra, en butinant, écrivant trois lignes, regardant une image, rêvant, quoi… Le bureau, c’est pour la paperasse et les trucs chiants. Je ballade mon petit ordinateur d’un canapé à un lit ou un fauteuil, souvent dans le jardin. Je n’arrive pas à être concentré sur un point fixe au delà d’une heure, tout cela doit rester « impressionniste », mais là, à présent que je me prépare à écrire (autre chose qu’un article ou une page de journal) je commence à être très insatisfait de mon « système ». Il m’y faudra plus de silence, de plages de temps solitaire, va falloir s’organiser.

Quant à travailler autrement qu’en armes, il m’a fallu beaucoup de temps pour l’accepter. Je crois en avoir amélioré ma pratique, avoir ouvert autrement mon oeil et mon oreille, mais là aussi, cela ne m’est plus suffisant pour laisser sourdre autre chose. Que sera cette autre chose, je n’en sais proprement rien, mais quelque chose qui aura plus avoir avec roman qu’avec théâtre, ça c’est sûr. Pour cela j’ai mis ma propre vie à l’épreuve, à travers mes voyages et mes rencontres, une « épreuve » plutôt agréable mais très « dissolvante ». Suis en attente de cette « suite » que je ne peux surtout pas programmer, seulement ardemment désirer.

Je ne sais, mon cher ami, si cela est une réponse. Mais je te l’adresse avec joie. Et ton questionnement m’a aidé à formuler pourquoi je « voyage »: pour mieux me poser ensuite.

« Je te serre les mains », comme disait RMG à Camus.

Jean-Claude

 

Voilà le courrier de mon ami Vincent auquel j’ai tenté ci-dessus de répondre

…mais, si je comprends bien, donc, tu reviens de Vilnius, tu pars en Allemagne – et ta belle maison, tu n’y restes donc pas longtemps. As-tu le temps de travailler un peu dans ta maison de Villars? Ah mais oui peut-être que, de même tu dors par petites touches, de même tu travailles, tu peux travailler n’importe où, dans une chambre d’hôtel, dans un hall d’aéroport, sur une banquette de salle d’attente ; si c’est ça c’est une chance. Moi je suis lourdement arrimé à tout un cérémonial de « travail » (qui souvent s’avère être une fuite) : stylos, pipes, bouquins, tout doit être à sa place, si le moindre objet manque (par exemple un misérable petit cure-pipe) je passe des heures à le trouver sinon je ne bosse pas. Je suis mûr pour Sainte-Anne.

Baisers tendres

V.

ps : un jour – toi qui comprends les choses mieux que moi – tu m’expliqueras pourquoi je laisse ma caméra en sommeil pendant des mois et pourquoi soudain sans que je sache pourquoi, pourquoi un beau matin je me réveille avec la ferme intention de reprendre cette caméra qui, au sens strict, me tombe des mains (comme on dit « tomber de sommeil » : comme si pour moi le cinéma ne pouvait se concevoir qu’entre deux eaux, entre chien et loup, entre veille et rêve – entre vague et rive). C’est pourquoi j’aime tant le cinéma de Godard, qui ne filme pas comme on brandit une arme.