ARRACHE A MES RÊVES (DANS LES ARBRES)

Après avoir lu, relu et recopié le très beau poème de Lawrence Durrell « Citrons amers » dans lequel il évoque la beauté âpre se Chypre, je suis sorti dans le jardin, et je me suis laissé prendre par le soleil qui en éclairait un endroit précis. Il y a deux ans et demi, au printemps, j’ai passé là des heures à lire et relire, répéter à haute voix le poème de Jean-Pierre Siméon « La mort n’est que la mort si l’amour lui survit ». J’entends ma voix, encore, tentant une inflexion face à la lumière du début du printemps. Et là, à l’instant, deux rêves de la nuit dernière m’on happé. Dans le premier je remettais en scène une pièce mise en scène par un metteur en scène célèbre bien avant moi, pièce évoquant un conflit sanglant entre deux hommes (l’un plus jeune que l’autre sans qu’on puisse dire que ce fût un rapport d’un père avec son fils). Il s’agissait de régler la scène finale dans laquelle les deux hommes se combattent sous le regard d’une femme (une comédienne « sans âge ». Dans sa version originale ce combat se déroulait avec des sortes de rames et le personnage le plus jeune (je crois) assommait l’autre et le blessait. Je répétais la scène avec les deux comédiens, mais je réalisais que l’un deux avait préparé une large épée pour trucider son partenaire. Je n’arrivais pas à régler ce combat, je pense que la peur me tétanisait, que j’en avais conscience et honte. Mais ensuite je demandais à Pascal pourquoi il voulait en finir avec son partenaire et il me donnait sa parole que je me trompais. Il tendait sa main droite en signe de « jurement » et je découvrais qu’à la place de sa main il avait une sorte d’appareil de métal qui lui en tenait lieu, habilement raccroché à son poignet. Je ne sais pas pourquoi mais ce rêve était « couronné » par la scène finale de la version originale du spectacle, sous l’auvent de bois d’une belle demeure…
Ce qui reste du second rêve est bref : je suis enfant, on me tend un verre d’eau en m’expliquant que c’est une eau minérale gazeuse spéciale (je ne me souviens plus du nom sur la bouteille hors que cette une eau que l’on trouvait dans l’Allemagne de mon enfance, alors que la scène se déroule en France). Je fais celui qui est choqué qu’on veuille lui apprendre d’où vient cette eau. Je le sais déjà ! Je me réveille sur cette drôle de sensation d’avoir toujours été celui qui savait qu’il savait… Qui en savait plus que les autres en tous les cas. Et c’était normal puis que je voyageais, déjà !

Je me suis souvenu de tout cela en regardant la lumière dans les arbres du jardin, et alors que je me disais que je devrais prendre de la hauteur avec moi-même, au lieu de ressasser tout ce qui fait que je me regarde par le petit trou de la serrure. Oui, désir de hauteur.