Se marier avec la mort

C’est un conte de fée qui raconte l’histoire d’un beau prince qui va se marier avec la Mort. Il aime la vie, le corps des autres, de tous les autres, mais pas que leur corps, il aime à les aimer simplement, autant que les mots qu’il choisit, dissèque, fait tourner sept fois dans sa bouche et dans sa tête avant de les susurrer… Dans son voyage vers la Mort il rencontre des fées, bonnes et méchantes, et il aime beaucoup faire la différence ! Il a aussi des rendez-vous sous la lune avec sa muse, splendide jeune femme laiteuse.
Et depuis sa chambre d’hôpital, il se raconte des histoires, histoire de ne pas s’ennuyer, de ne pas souffrir, d’éloigner le spectre de la peur. Mais surtout, il ne s’apitoie jamais, il laisse ses parents loin de ce voyage pour ne pas les gêner, se protéger aussi de leur affection envahissante… Et comment leur raconter qu’il va se marier avec la Mort ? Ils ne comprendraient certainement pas.
Les jours coulent, pas toujours tristement, il lui arrive de gronder ses fées qui n’ont aucune idée de l’éthique et qui décident de faire la grève, il lui arrive de s’effondrer au pied de son lit, alors ses fées qui ont repris le travail le relèvent, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, roses ou jaunes, dans leur tenues de papier volant, papillons de jour ou de nuit, compagne ou compagnon non choisi…
Et sa Muse revient le bercer… Et ses mots nous bercent… Ce ne sont pas des vers pourtant, c’est juste un journal égrainé doucement comme une comptine. Et on se dit : mais quel poète se cachait derrière l’élégant jeune homme au chapeau. Et il faut bien rire avec lui, avant qu’il ne s’accroupisse, dos à nous, tordu par la douleur et regardant une dernière fois la lumière.
Il a disparu.
Mais le dialogue avec lui continue longtemps après le spectacle.