Perdu dans la nuit allemande !

Suis quelque part sur un quai, devant des rails herbeux, assis sur un banc entouré des odeurs de la nuit. Ai tout fait pour me tromper de train, pour me perdre aujourd’hui. A l’aller, j’écrivais et j’ai oublié de changer de train, au retour je rêvais et n’ai pas vu passer l’arrêt où je devais changer… Ne sais pas très bien quand va passer le prochain train qui m’emmènera à Hanovre, ni quand j’y aurai une correspondance pour Brunswick… C’est quasiment minuit, un ruisseau coule tout prêt. Une voix enregistrée annonce qu’un train à grande vitesse va passer sans s’arrêter. Il fait un vacarme à trouer la nuit. Je suis ses feux arrière en direction de la ville que je dois rejoindre. Le ruisseau chante à nouveau. Je voudrais que cette errance ne s’arrête pas en ce début d’été allemand. Traverser ainsi la nuit en quittant divers trains pour me retrouver sur des quais sans gares, au milieu des champs. Lire la suite

A propos de la « Fiancée vendue »

De quelques joies passagères pour culs-terreux…
Une pauvre fille se débat deux heures durant en direct pour assumer son propre destin, est elle triste, elle est en colère, elle pleure… Nous le croiserions dans la rue, au milieu d’autres que nous détournerions les yeux immédiatement … « je ne vais tout de même pas compatir avec cette étrangère et comparer ma vie avec la sienne »… est-on prêt à penser avant qu’un autre événement n’attire notre attention…
Comment se fait-il que cette barrière-là tombe au théâtre et que nous fixions notre regard sur elle jusqu’à l’identification ? Lire la suite

La mort de l’Europe

Il est assez curieux de remarquer que la troupe « phare » du dernier pays entré dans l’Europe crée un spectacle aussi désorientant et incorrect que « Ligne jaune » des deux auteurs allemandes Julie Zeh et Charlotte Roos et mis en scène par le croate Ivica Buljan, et joué par dix comédiens croates déchaînés ! Curieux d’abord parce que la dramaturgie allemande d’aujourd’hui, avec sa volonté de dénoncer le cynisme ambiant, sa science de la construction et son ressentiment profond n’est pas immédiatement ce qui peut passionner a priori des artistes croates…, curieux ensuite parce que cette pièce a été l’objet d’une commande et que somme toute sa réussite est le fruit du hasard (mais c’est souvent comme ça au théâtre !), curieux enfin car le spectacle, s’il ne s’appelait pas « Yellow Line » pourrait s’intituler : « L’Europe est morte ». Lire la suite

Désirée

Je me demande bien ce que je peux encore faire ici ! Et pourquoi je n’ai pas quitté cette ville affreuse dans la seconde où… je n’ai plus rien eu à y faire ? J’ai commis l’imprudence de sous-louer mon appart sans attendre de savoir comment ça se passerait ici… Hé bien pour mal se passer, ça s’est mal passé ! Me voilà coincée dans ce satané trou provincial pour avoir suivi un quasi inconnu ! Faut être bête ! Tout ça sans être payée… Les chats n’arrêtent pas de se disputer, je n’en peux plus. Ils manquent certainement d’espace. Je ne vais tout de même pas aller les promener. Je risquerais trop de les perdre. Je pourrais toujours les tenir en laisse avec une ficelle, mais ils pourraient s’étrangler les pauvres. Avoir ça sur la conscience, non ! Après six ans d’étude et un premier boulot encourageant dans un grand théâtre, me retrouver ici !!! Je vais quand même bien arriver à mettre mon nez dehors. D’autant plus qu’ils ont annoncé à grand fracas un concert populaire justement dans un parc. Verdi vient d’envoyer Wagner en bas de la table du salon. Il est vraiment insupportable celui-là, mais qu’est-ce qu’il est joli avec sa petite touffe de poil blanc juste entre ses deux oreilles, et son poil noir à peine angora et si lisse. Wagner s’est rattrapé en un instant sur ses quatre pattes. Est-ce parce que j’ ai seulement deux pattes que je me sens encore toute boiteuse ? Qu’est-ce qui m’est arrivé, je ne le sais pas vraiment. Comme rouée de coups… Suis venue ici pour suivre un artiste que je connais à peine. Il faudrait jamais faire ça, suivre un homme inconnu. On m’avait juste conseillé de suivre son travail, il paraît qu’il est compétent dans sa partie, c’est ce qu’on m’avait dit… et je l’ai cru. Bête que je suis ! Je l’avais rencontré et trouvé très encourageant, trop peut-être, à y repenser de plus prêt aujourd’hui. En tous les cas, il a été d’accord pour que je le suive dans cette ville si éloignée de chez moi… et je l’ai suivi ! Mais je ne pouvais quand même pas abandonner mes deux chatons, tout de même ! Ne t’accroche pas au rideau, Verdi, tu vas le déchirer et je devrai en plus le remplacer. Pchuut ! Fous-le camp de là. Tu es charmant, bien plus grand que ton compagnon et un peu bourru, pataud. Je t’aime ! Lire la suite