Deux heures exquises de recherche mélancolique

Trouver aujourd’hui une jeune metteuse en scène qui choisisse de traiter en miroir la comédie la plus gracieuse de Shakespeare et sa tragédie la plus sanglante paraît relativement impossible… Que cette jeune artiste réussisse à allier les deux extrêmes de la production poétique que sont « Comme il vous plaira » et « Titus Andronicus » pour en dégager une idée forte est encore plus improbable…
Et bien, je ne regrette pas d’avoir fait la route jusqu’à Bruxelles pour voir « Le banquet dans les bois » ! Sabine Durand nous propose de regarder dans ces miroirs déformants concaves de l’âge baroque. Nous y voyons d’abord des êtres jumeaux : deux garçons, puis deux filles, puis la belle et la bête, puis la blanche et le noir, enfin la figure solitaire du pouvoir, véritable Janus tour à tour bienveillant et malveillant . Et ces deux êtres sont chaque fois des doubles, attirés irrémédiablement vers l’autre dans l’amour, mais exclusivement vers l’autre semblable. Les relations qu’entretient chacun avec les « autres différents » s’apparentent au songe lointain, à la rêverie inatteignable ou à l’impossible voyage. Ce que Daniel Girard a nommé en son temps «  l’amour mimétique » et qui a donné dans ses interprétations au théâtre le pire et le meilleur. Ici, il s’agit du meilleur. Et il s’agit d’en profiter ! Lire la suite