Deux heures exquises de recherche mélancolique

Trouver aujourd’hui une jeune metteuse en scène qui choisisse de traiter en miroir la comédie la plus gracieuse de Shakespeare et sa tragédie la plus sanglante paraît relativement impossible… Que cette jeune artiste réussisse à allier les deux extrêmes de la production poétique que sont « Comme il vous plaira » et « Titus Andronicus » pour en dégager une idée forte est encore plus improbable…
Et bien, je ne regrette pas d’avoir fait la route jusqu’à Bruxelles pour voir « Le banquet dans les bois » ! Sabine Durand nous propose de regarder dans ces miroirs déformants concaves de l’âge baroque. Nous y voyons d’abord des êtres jumeaux : deux garçons, puis deux filles, puis la belle et la bête, puis la blanche et le noir, enfin la figure solitaire du pouvoir, véritable Janus tour à tour bienveillant et malveillant . Et ces deux êtres sont chaque fois des doubles, attirés irrémédiablement vers l’autre dans l’amour, mais exclusivement vers l’autre semblable. Les relations qu’entretient chacun avec les « autres différents » s’apparentent au songe lointain, à la rêverie inatteignable ou à l’impossible voyage. Ce que Daniel Girard a nommé en son temps «  l’amour mimétique » et qui a donné dans ses interprétations au théâtre le pire et le meilleur. Ici, il s’agit du meilleur. Et il s’agit d’en profiter ! Lire la suite

Théâtre et punition

…. « Vindicta » est à vrai dire un texte d’une lecture assez déconcertante… Il semble faire table rase, volontairement ou non, de quelques certitudes théâtrales. On se questionne, on s’irrite pour finalement lui trouver des qualités rares…
Aucune didascalie n’indique comment s’appelle le personnage qui parle, on sait juste que c’est une femme… même pas « elle », nulle part, elle n’a pas de nom. A moins que le titre de la pièce soit son nom (le féminin du mot latin peut le laisser penser) ? Qui aimerait s’appeler Punition ? Lire la suite

À propos de « Saturne revient » de Noah Haidle

Quand plus rien n’aura d’importance

…tu dis que tu n’as jamais rien lu de pareil…, que l’auteur connaît ses classiques, Strindberg, Pinter, Ionesco…, qu’il y a des traces des dits classiques dans sa pièce, mais tu te dis en même temps que l’auteur est doué d’une capacité exceptionnelle à effacer les traces… tu te dis que c’est ça, le privilège des grands !
C’est d’ailleurs ce que passe son temps à faire le personnage de la pièce : effacer les traces du présent afin de faire resurgir le passé, je vous le dis !
Mais tu te dis aussi que l’auteur s’inscrit dans une pure tradition de théâtre américain et qu’il connaît à fond « L’étrange intermède », chef d’œuvre quasi injouable de Eugène O’Neill… dont le personnage principal est le temps soi-même… Chronos, nom grec de Saturne.
Tu te dis que c’est un titan, celui qui arrive à effacer tout devant lieu pour regarder en pleine lumière derrière lui, avec acuité et cruauté.
Tu te dis que, décidément tu as eu raison de prendre sur un rayon de librairie l’ultime roman du grand Juan Carlos Onetti qui porte le titre que tu lui avez emprunté pour votre article. Lire la suite