Qui sème le vent récolte la tempête

C’est un jeune homme qui se prend pour Hamlet qui se prend pour Dieu. Au fond,  il n’a pas envie de faire plaisir à son père mort ni de le venger en tuant son oncle, nouvel époux de sa veuve et qui a volé la royauté… Pendant toute cette longue tragédie, le jeune homme fait tout ce qu’il peut pour ne pas avoir à accomplir la vengeance et pour souiller sa mère. Son goût de la rêverie et du théâtre lui permettent d’éloigner la réalisation des promesses faites au fantôme du Père. D’innocent rêveur, Hamlet deviendra un dangereux assassin.  Il se laissera tuer à son tour bêtement dans un duel où tout a été fait pour l’empoisonner.

Littéralement brûlé de l’intérieur par l’abandon de son oncle et de sa mère il ne cessera de réagir comme un enfant dont un nouvel homme vient prendre la place dans le lit de la mère. Son ressentiment lui fait non seulement chercher midi à quatorze heures mais l’empêche d’accéder à l’âge adulte. Sa conduite adolescente, son arrogance princière et son goût du néant vont jeter le pays dans un désordre guerrier et politique irrémédiable.

Hamlet prononce parmi les plus belles sentences du théâtre européen (merci Montaigne) mais pour finalement transformer son pays en charpie. Les philosophes qui se chargent de faire de  la politique et la guerre seraient-il si dangereux ? Hé bien oui : le bain de sang a lieu de toute façon, mais avec les philosophes le bain de sang ne manque pas de prendre une allure poétique. On leur trouverait même  des excuses à ces Nérons en herbe !

J’ai vu mon spectacle hier soir pour la première fois alors que j’étais dans la coulisse pour écouter les acteurs… Toutes les images me sont apparues à la seule écoute du texte et j’aimerais en corriger certaines pour une nouvelle version du spectacle…

Jamais je ne me suis senti aussi libre avec un texte, jusqu’à en re-écrire un quart en utilisant la poésie surréelle de Heiner Müller… Cette transformation de la fin de la tragédie en cauchemar collectif donne une force à tout le reste de la représentation… Toutefois, tout le début du spectacle serait maintenant à repenser en fonction de la suite.

J’ai parlé des vagues de l’océan, du flux impétueux et du reflux plus calme. Peut-être faudra-t-il procéder par vagues successives. Le flux : «  la famille  Hamlet », le reflux :«  la famille Polonius ». Dans la tempête, le flux finit par entraîner le reflux dans son étreinte mortelle.’est exactement ce que génère le prince de Danemark.

Le premier flux concernerait plutôt le père imaginaire, le père symbolique et le père réel et pourrait s’appeler « les pères d’ Hamlet ».
Le deuxième flux de  deviendrait un discours sur l’imitation (des héros, des pères, des grands personnages, des acteurs eux-mêmes).
Ensuite, il s’agirait d’accoster sur l’autre scène ! Voilà pour les trois premiers actes.
Resterait à trouver ce que représente Ophélie dans cette histoire. Et c’est peut-être le plus délicat.
Enfin, le conte à la manière « müllérienne » pourrait presque se dérouler tel qu’à Bad Hersfeld et clôturer la tragédie en tant que danse de mort.

On ne fait pas le tour d’une œuvre comme « Hamlet » en une fois. J’aimerais y revenir en allemand, en anglais et finalement en français.