Rire à gorge déployée devant la mort

Pendant qu’il écrit « le malade imaginaire » Molière sait que ce sera sa première pièce et son dernier rôle… Ses amis l’exhortent à renoncer à la jouer, connaissant ses problèmes respiratoires et sa maladie que l’on ne nomme pas encore tuberculose. Mais Molière veut être là, sur le plateau, en tant que protagoniste et chef de troupe, au milieu de ses acteurs, par fierté de son métier et de sa place. Et il s’écrit le rôle immense, mais constamment assis, d’Argan, sachant qu’assis il pourra « durer » plus longtemps et connaîtra moins de problème de souffle et de respiration… Pour provoquer le rire il a besoin d’un faire valoir virevoltant autour de lui, mais cette fois, le faire valoir l’emporte souvent sur le protagoniste, et il est aussi pour la première fois une femme : c’est Toinette, un des rôles les plus éreintants du répertoire français. Pour Armande, sa femme, il écrit Angélique, la plus réussie, la plus solaire, la plus délurée de ses amoureuses… On peut croire de même qu’il écrit pour son fils spirituel Baron le rôle de Cléante, tant il le développe amoureusement sans fin (bien que ce ne soit pas Baron qui le jouât. Où d’ailleurs avait-il encore couru pour ne pas être là le soir de la mort du Maître ? Auparavant, c’était avec Armande qu’il fuguait, mais à présent elle s’était assagie…). Lire la suite